Le beurre et l’argent d’Uber

Uber fait les gros titres en ce moment, et sur plusieurs sujets différents : la grève des taxis, une levée de fonds record, une croissance insolente … Retour sur le phénomène Uber.

Une grève qui gonfle les chiffres

Depuis Mercredi 11 Juin, les taxis réalisent des actions de grève contre les VTC, dont Uber est un des principal acteur, pour concurrence déloyale. À Paris par exemple, plusieurs centaines de kilomètres d’embouteillages ont été créé par des opérations escargot. Mais cette grève ne s’est pas limitée à l’Ile de France, dans plusieurs autres villes françaises ainsi que des capitales européennes comme Londres, les taxis étaient appelés à faire la grève pour une modification des status des VTC.

Mais la grève est-elle le meilleur moyen pour les taxis de combattre les VTC ? Rien n’est moins sur, d’autant plus que Jo Bertram, directeur général d’Uber en Grande-Bretagne a indiqué dans une interview à Forbes qu’Uber avait enregistré une croissance de 850% de ses inscriptions sur la journée de Mercredi par rapport à la semaine précédente ! Anticipant la grève des taxis, Uber avait en effet proposé une offre promotionnelle avec 50% de réduction sur certains types de courses. Belle ironie : en entrant en grève contre les VTC, les taxis pénaliseraient donc leurs clients qui seraient alors encore plus enclin à passer aux VTC.

Des chiffres vertigineux pour Uber

Uber, qui est né en 2010 d’une idée de Travis Kalanick alors qu’il attendait désespérément un taxi à Paris, compte quatre ans plus tard 900 employés et se classe bien devant des entreprises comme Airbnb ou Dropbox en termes de valorisation.

La startup californienne a en effet récemment bouclé une levée de fonds impressionnante : 1,2 milliards de dollars provenant de différents fonds d’investissement ! C’est une des plus importantes levée de fonds depuis celle de Facebook, juste avant son entrée en bourse (1,5 milliards de dollars). L’entreprise est donc valorisée 17 à 18 milliards de dollars, alors même que de nombreux pays hésitent à légiférer pour réguler son activité (dont la France). Alors que penser de ces chiffres astronomiques ?

Tout d’abord, il faut bien voir la valeur ajoutée par le service proposé par Uber lorsque l’on compare aux taxis. De la même manière qu’Airbnb est souvent bien plus agréable à utiliser que les hôtels, Uber propose une expérience utilisateur dont beaucoup tentent de s’inspirer avec des petits plus qui réussissent généralement à conquérir les utilisateurs. Par exemple, la fonctionnalité de géolocalisation qui permet à l’utilisateur de voir les véhicules à proximité et le temps qui leur est nécessaire pour venir à eux, ou encore le paiement automatisé en ligne qui permet de ne pas avoir à payer en liquide ou à négocier avec des taxis trop peu nombreux à proposer le paiement en carte bancaire. Ces différentes fonctionnalités semblent banales à première vue, mais elles rendent totalement archaïques les taxis qui proposent des expériences bien moins agréables. Uber apporte donc une innovation majeure dans un marché immobile depuis très longtemps.

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On peut également noter les importants efforts réalisés par Uber pour se diversifier. Comme nous l’expliquions au lancement d’Uber POP, la stratégie d’Uber est de proposer un service à plusieurs gammes qui puisse ainsi s’adapter à tous les utilisateurs. Ainsi Uber POP est la gamme la moins chère, alors qu’Uber Berline vise des catégories socio-professionnelles supérieures qui ont des exigences plus importantes. Segmenter la gamme permet également à Uber de ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier : si UberX, Uber Berline et Uber Van restent des services proposés par les VTC, UberPop est un service ouvert à tous les particuliers. C’est donc une porte de secours au cas où les VTC seraient réglementés voire interdits dans certaines villes.

Il y a ensuite un paramètre qui est aujourd’hui indispensable pour valoriser une startup : le nombre d’utilisateurs. Bien qu’Uber ne communique pas publiquement ce chiffre, le service est aujourd’hui présent dans 128 villes dans le monde et près de 40 pays différents. Avec un système de parrainage intelligent, et des opérations de communication comme celle expliquée plus haut, le nombre d’utilisateur inscrit, et ayant donc enregistré une carte bancaire, est sans aucun doute très important et permet au service d’intéresser de nombreuses entreprises.

Bien que l’entreprise ne s’en serve pas encore (par exemple à des fins publicitaires), il y a également un paramètre à prendre en compte : la quantité impressionnante de données amassées par Uber. Pour chaque utilisateur, Uber a enregistré une carte bancaire valable mais aussi et surtout des données très personnelles comme les endroits où l’utilisateur va le plus, le prix qu’il est prêt à payer pour ses courses (Uber dispose de plusieurs gammes de VTC) ou encore les utilisateurs avec lesquels il préfère faire des courses (avec la fonctionnalité de course partagée). Par exemple, Merci Alfred et Chauffeur Privé, un concurrent d’Uber, avaient récemment réalisé une infographie sur les boites de nuit parisiennes, dont les données étaient tirées de la base de données des utilisateurs de Chauffeur Privé !

Et vous que pensez-vous d’Uber ?

Axel Peigné

Auteur: Axel Peigné

Passionné des nouvelles technologies et impressionné par l'essor de l'économie du partage, j'ai co-fondé ce blog avec Marie-Liesse afin de partager mes connaissances et mes réflexions sur la consommation collaborative.

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1 Commentaire

  1. Pas étonnant de voir le succès d’Uber, surtout à Paris et ce n’est pas qu’une question de tarifs… j’ai pris plusieurs fois le taxi et à chaque fois, le service était très moyen : chauffeurs peu aimables, carte bancaire refusée.

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